Accueil 24 heures.ch 24 juin 2002

Le play-boy des parquets

Tony Longo a participé ce week-end au tournoi de basket de Special Olympics. Rencontre avec un sportif hors du commun.
Un regard ravageur: Tony Longo a la classe. / Photo Chris Blaser
La démarche décontractée, le regard ravageur: Tony a la classe. Ses cheveux gominés et sa fine barbe ne sont pas sans rappeler un certain Alessandro Del Piero, footballeur génial de l’équipe d’Italie. Normal, les racines de Tony Longo, 27 ans, se trouvent également dans la Botte.

Avec son survêt frappé du logo de l’Inter, il ne manque plus que la Vespa et le sable de Rimini pour compléter le tableau. «Ma mère et ma tante me disent souvent que je suis un play-boy», rigole celui qui a participé ce week-end pour la première fois aux Jeux nationaux d’été pour handicapés mentaux.

A bien observer le jeune pivot de Bussigny, il est bien difficile — voire même impossible — de déceler un quelconque handicap chez Tony. Derrière son verbe clair et son œil vif, se cache pourtant une infirmité qui lui complique la vie au quotidien.

— A quelles occasions votre handicap se manifeste-t-il?

— Il se manifeste lorsqu’on me rend nerveux. Dans ces cas-là, je peux alors m’évanouir ou m’énerver facilement. Quand cela arrive, on ne me reconnaît plus et on ne me contient plus. Mais j’arrive en général à me calmer tout seul. On remarque parfois mon défaut par des tremblements de mes mains ou de mes jambes. Et pour éviter des crises d’épilepsie je dois prendre des médicaments.

— Qu’est-ce qui vous gêne le plus dans votre infirmité?

— Le fait de ne pas pouvoir faire mon permis de conduire, pour la bonne raison que je pourrais perdre facilement le contrôle du volant. Chaque année, j’ai rendez-vous avec mon médecin pour voir si j’ai les aptitudes nécessaires pour passer mon permis. J’espère que ce sera bientôt possible.

— Le fait de parler de votre handicap vous embarrasse-t-il?

— Si j’en parle avec mes collègues (réd: Tony travaille à la fondation Polyval, un atelier pour personnes handicapées au Mont-sur-Lausanne), il n’y a pas de problème. Si c’est avec une copine que je connais, j’en parle facilement. En revanche, s’il s’agit d’une fille avec laquelle j’ai envie de sortir, alors cela devient très dur. Certaines acceptent mon défaut, d’autres pas.

— Le sport est-il un bon moyen d’intégration?

— Oui, pour autant que les personnes handicapées osent franchir le pas. J’ai l’impression qu’elles ont trop souvent peur de faire partie d’un club. Alors que l’ambiance est très bonne. A mes yeux, mon équipe de basket est presque une famille. Seul regret: je pense que les valides ne sont pas assez ouverts au sport pour handicapés.

— Que représentent pour vous ces Jeux d’été?

— Une récompense. Notre équipe d’Aloha Basket Unifié a travaillé dur pour y participer. Il a fallu gagner certains matches. Tout en apprenant de nos défaites. Nous sommes d’ailleurs fiers d’y avoir participé.

— Hormis ce week-end, où jouez-vous d’ordinaire?

— D’habitude, nous participons à des tournois à l’étranger. Comme à Paris ou à Saint-Claude (France), où nous avons rencontré des équipes venues de toute l’Europe.

— Quelles sont vos ambitions sportives?

— Participer aux prochains Jeux mondiaux d’été, qui se dérouleront en Irlande du Nord, serait un rêve. Mais ce que j’aimerais par-dessus tout, c’est qu’un entraîneur m’approche et me propose de rejoindre son club. Un jour, Jon Ferguson m’a vu jouer et il a dit: «Ah, celui-là, il est pas mal!» Alors j’espère qu’un coach me proposera de le rejoindre, un jour ou l’autre.

— C’est votre rêve le plus cher?

— Oui, avec celui de voir les gens cesser une fois pour toutes de se moquer des handicapés. Et que les handicapés s’ouvrent davantage au sport.

PIERRE-ALAIN SCHLOSSER