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regard ravageur: Tony Longo a la classe. / Photo Chris Blaser |
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La démarche décontractée, le regard
ravageur: Tony a la classe. Ses cheveux gominés et sa fine barbe
ne sont pas sans rappeler un certain Alessandro Del Piero,
footballeur génial de l’équipe d’Italie. Normal, les racines
de Tony Longo, 27 ans, se trouvent également dans la Botte.
Avec son survêt frappé du logo de l’Inter, il ne manque plus
que la Vespa et le sable de Rimini pour compléter le tableau. «Ma
mère et ma tante me disent souvent que je suis un play-boy»,
rigole celui qui a participé ce week-end pour la première fois
aux Jeux nationaux d’été pour handicapés mentaux.
A bien observer le jeune pivot de Bussigny, il est bien difficile
— voire même impossible — de déceler un quelconque handicap
chez Tony. Derrière son verbe clair et son œil vif, se cache
pourtant une infirmité qui lui complique la vie au quotidien.
— A quelles occasions votre handicap se manifeste-t-il?
— Il se manifeste lorsqu’on me rend nerveux. Dans ces
cas-là, je peux alors m’évanouir ou m’énerver facilement.
Quand cela arrive, on ne me reconnaît plus et on ne me contient
plus. Mais j’arrive en général à me calmer tout seul. On
remarque parfois mon défaut par des tremblements de mes mains ou
de mes jambes. Et pour éviter des crises d’épilepsie je dois
prendre des médicaments.
— Qu’est-ce qui vous gêne le plus dans votre infirmité?
— Le fait de ne pas pouvoir faire mon permis de
conduire, pour la bonne raison que je pourrais perdre facilement
le contrôle du volant. Chaque année, j’ai rendez-vous avec mon
médecin pour voir si j’ai les aptitudes nécessaires pour
passer mon permis. J’espère que ce sera bientôt possible.
— Le fait de parler de votre handicap vous
embarrasse-t-il?
— Si j’en parle avec mes collègues (réd: Tony
travaille à la fondation Polyval, un atelier pour personnes
handicapées au Mont-sur-Lausanne), il n’y a pas de problème.
Si c’est avec une copine que je connais, j’en parle
facilement. En revanche, s’il s’agit d’une fille avec
laquelle j’ai envie de sortir, alors cela devient très dur.
Certaines acceptent mon défaut, d’autres pas.
— Le sport est-il un bon moyen d’intégration?
— Oui, pour autant que les personnes handicapées osent
franchir le pas. J’ai l’impression qu’elles ont trop souvent
peur de faire partie d’un club. Alors que l’ambiance est très
bonne. A mes yeux, mon équipe de basket est presque une famille.
Seul regret: je pense que les valides ne sont pas assez ouverts au
sport pour handicapés.
— Que représentent pour vous ces Jeux d’été?
— Une récompense. Notre équipe d’Aloha Basket Unifié
a travaillé dur pour y participer. Il a fallu gagner certains
matches. Tout en apprenant de nos défaites. Nous sommes
d’ailleurs fiers d’y avoir participé.
— Hormis ce week-end, où jouez-vous d’ordinaire?
— D’habitude, nous participons à des tournois à
l’étranger. Comme à Paris ou à Saint-Claude (France), où
nous avons rencontré des équipes venues de toute l’Europe.
— Quelles sont vos ambitions sportives?
— Participer aux prochains Jeux mondiaux d’été, qui
se dérouleront en Irlande du Nord, serait un rêve. Mais ce que
j’aimerais par-dessus tout, c’est qu’un entraîneur
m’approche et me propose de rejoindre son club. Un jour, Jon
Ferguson m’a vu jouer et il a dit: «Ah, celui-là, il est pas
mal!» Alors j’espère qu’un coach me proposera de le
rejoindre, un jour ou l’autre.
— C’est votre rêve le plus cher?
— Oui, avec celui de voir les gens cesser une fois pour
toutes de se moquer des handicapés. Et que les handicapés
s’ouvrent davantage au sport.
PIERRE-ALAIN
SCHLOSSER
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