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Soutenu par
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ALOHA SPORT Riviera Chablais |
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COMPTE RENDU DU VOYAGE AU JAPON
ET DE LA PARTICIPATION AUX
JEUX MONDIAUX D’HIVER SPECIAL OLYMPICS
NAGANO 2005
POUR 4 SKIEURS DE FOND
D’ALOHA SPORT
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Date : du 21 février au 6 mars 2005
Participants : Jacqueline Bays Yanos Artizzu Patrick Blanchard Curzio Celio Coach : Evelyne Froidevaux
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Cliquez sur les photos pour les agrandir
Mardi 22.02.05 22h30 heure locale = 14h30 heure suisse
Depuis lundi 11h que nous sommes partis de la maison de Pra, nous trouvons pour la première fois 1 chambre, une douche et un lit… quel bonheur !
Oui, cela fait près de 30 heures que nous sommes en route, et la plupart d’entre nous n’ont fermé l’œil que quelques heures dans l’avion. Mais, en fait, cela ne nous a pas paru si long, il faut dire que tout s’est enchaîné si aisément et sans accrocs que nous avons vraiment pu profiter de ce voyage.
L’émotion dans le bus de la maison de Pra nous conduisant à Zürich était presque palpable tant elle était forte. Un mélange d’excitation et d’appréhension chez ceux qui partent, d’anxiété et d’envie chez ceux qui restent. C’est en larmes que Céline et Iris nous ont dit au revoir, et avec de gros sanglots que Patrick les a quittées. L’intensité de ce moment est vraiment le symbole de tout le chemin que les résidants ont fait les uns en direction des autres…
Nous étions les premiers au rendez-vous de la délégation mais très vite les tâches de préparation nous ont absorbés : répartir les derniers articles dans les bagages, les préparer pour l’enregistrement, présenter les billets, les passeports, ranger les billets, les passeports, les ressortir un bout plus loin, se déplacer un bout, découvrir les méandres de l’aéroport… Tout cela s’est déroulé dans le plus grand calme mais nous a facilement occupé l’après-midi.
Souvenirs pour certains, première pour d’autres, je prends en tout cas le temps d’expliquer chaque étape et de les responsabiliser dans la surveillance de leurs affaires. Patrick est confiant, il sait qu’il a « la pastille-miracle » a disposition. Il lui suffit de s’écouter juste et de dire s’il en a besoin. Il résiste longtemps, mais une fois assis dans l’avion il préfère ne pas jouer au fier et se laisse donner un coup de main. L’effet est vraiment parfait, il peut vivre son premier vol en toute conscience et en toute décontraction.
Frankfurt est un très grand aéroport ! Le temps de passer d’un terminal à l’autre et de faire les formalités d’usage, nous ne verrons guère le temps passer. Nous avons le loisir de découvrir l’avion de JAL (Japan Air Lines) qui nous attend, c’est un gros Boeing 747. Le vol est plein et cette fois nous embarquons pour le grand voyage !
Ouahh ! quel luxe à bord : écouteurs, écrans individuels, tout y est ! Quinze programmes de musique, 15 films à choix, une dizaine de jeux vidéos et même une caméra vidéo à l’avant et à l’arrière de l’avion qui filment le vol sous nos pieds…impressionnant de suivre la piste de décollage sur l’écran !
Apéro, repas du soir (à choix japonais ou « western »), thé, café, boissons, etc., les services se succèdent.
En entrant dans l’avion, nous avons réglé nos montres à l’heure japonaise : il est 4h30 du matin ! Nous sommes en train de sauter une nuit sans nous en apercevoir… Mais même si nous volons en direction du jour, chacun s’assoupi à un moment ou à un autre. Jacqueline va même s’endormir quasiment tout le vol. Dès qu’il fait assez clair, j’observe le paysage par le hublot : nous avons survolé Saint-Pétersbourg et traversons maintenant la Sibérie et la Mongolie. De la neige, de la glace et un étrange quadrillage dont je n’arrive pas à saisir la signification. Pas facile de s’y reconnaître à 11'000 mètres d’altitude ! Alors que nous survolons la mer du Japon et le Japon lui-même, un petit déjeuner/dîner nous est servi. Pas de sushi…zut !…
C’est un très beau vol que nous avons vécu, avec peu de perturbations, juste ce qu’il faut pour savoir qu’elles existent.
A l’arrivée, nous devons dédouaner nos bagages puis les déposer dans un hangar d’où ils seront transportés directement à notre « host town » Sanada. Quant à nous, un bus nous amène au Welcome Center. Là une réception fort sympathique nous attend avec quelques productions et la possibilité d’une première approche de quelques artisanats locaux : origami et calligraphie.
Mais ce qui me touche le plus, c’est de voir arriver les délégations de tous pays, nous avons rencontré des athlètes de Corée, du Pérou, de Belgique, du Canada, du Luxembourg, de Trinidad et Tobago, du Vénézuéla, de Hong Kong, etc. Quelques jeunes japonaises ont interprété des chants a cappella puis des athlètes des Caraïbes leur ont emprunté les micros et se sont mis à chanter et danser des airs reggae de chez eux ! C’est ça la magie des rencontres…
Encore 15 minutes de bus et nous voilà rendus dans un gigantesque hôtel aux portes de l’aéroport. Buffet repas, douche et…au lit les athlètes…le voyage a été long mais fabuleusement beau. Je suis fière d’être ici avec vous Messieurs-Dame.
Sur la table du petit déjeuner : œufs, saucisses, lard, salade, croissants, beurre, fruits, Kellogg’s, yoghourts, soupe et sushi…Est-ce ainsi que l’on déjeune au Japon ?.. Mais non ! ceci est juste un buffet intercontinental pour un hôtel qui accueille des gens venant de partout. Dans les chambres, douches et WC étaient comme chez nous pas de WC avec jet d’eau chaude ou sèche-fesse comme on nous l’avait prédit…Nous sommes presque déçus.
A 9 h. départ en bus direction Sanada, la ville qui va nous accueillir pendant 2 jours pour nous permettre de nous acclimater et de nous préparer aux jeux. Même en suivant l’autoroute, nous mettrons près de 3h pour traverser Tokyo ! Si la plupart des bâtiments sont des buildings, nous repérons quelques îlots de petites maisons de style japonais. Elles sont sympas, avec leur toiture si particulière, j’ai toujours l’impression qu’il a fallu en mettre 2 l’une sur l’autre.
Tout est super bien organisé : Les transports fonctionnent, les bus sont à l’heure, c’est du jamais vu dans des manifestations de cette ampleur ! Trois DAL (Delegation Assistant Liaison) voyagent avec nous. Arrêt pipi, pause lunch, partout nous sommes attendus et accueillis.
Il nous faudra plus de 5 heures pour atteindre Sanada. Nous avons aperçu un peu de neige, mais elle est vraiment très haut dans les montagnes. Toutefois on nous rassure, pas de problème, il a neigé à Nagano il y a trois jours encore.
A Sanada, c’est un tapis jaune (couleur des K-way, pas des visages…), égayé de nombreux drapeaux rouges qui nous attend. Que de monde, quelle organisation ! Nos bagages sont à nouveau étiquetés pour aller dans les bonnes familles.
Puis nous vivons une fin d’après-midi très chaleureuse :
Rencontre avec nos familles hôtes
Discours officiels (pas trop long, juste ce qu’il faut)
Diverses productions, chorale, danse, percussion et un drôle d’instrument à corde qui ressemble à une lyre mise à plat.
Au milieu de tout cela prendra place la présentation officielle de la délégation ainsi que les quelques chants d’ici que nous avons préparés. Malheureusement il n’y a pas de magnétophone pour passer la casette d’accordéon que Jacqueline avait préparée. Dommage, elle y avait mis tant de cœur !
Ensuite un magnifique buffet sustentera autant notre curiosité que notre appétit. Nous aurons également le privilège de prendre part à une cérémonie du thé mais à mon grand regret, je ne trouve personne pouvant m’expliquer la signification des gestes accomplis. « C’est comme cela depuis toujours » me dit-on.
Finalement par petits groupes de 2 ou 3 nous partons chacun avec « notre » famille pour la nuit.
Tout cela s’est succédé à une allure vertigineuse…Si tu prends le temps d’aller aux WC, tu es sûr de rater un bout de quelque chose… C’est donc avec des impressions et des images plein la tête que nous nous faisons conduire sous un ciel de pleine lune dans nos familles-hôtes.
Ouf ! C’est dense ! J’ai en permanence les larmes au bord des yeux de voir tant de sollicitude et surtout d’observer nos athlètes se débrouiller là-dedans. Ils s’en prennent plein les yeux et plein le cœur et montrent un intérêt à la mesure de ce qui leur est offert.
Jacqueline a juste un peu de peine avec le NO SMOKING affiché partout, mais à force de causer, elle admet.
Photos Sanada
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Au petit déjeuner ce matin : riz, soupe, pickles, œufs, salade, et au cas où cela ne nous conviendrait pas pain, beurre et marmelade. Nous sommes attendus à la salle de gym pour un moment d’entraînement. C’est en jouant au basket que nous nous dépenserons.
Puis très rapidement nous nous engouffrons dans un car qui nous conduira à la Junior High School où nous sommes attendus. Bien que faisant partie de la commune de Sanada, cette école se trouve à 30 minutes de bus du centre que nous connaissons, dans une station de ski nommée Sukadaira. Ici on appelle cette station la Davos japonaise non seulement parce que s’y retrouve le « gratin » de la société japonaise et parce que le paysage ressemble fortement à celui des alpes grisonnes, mais aussi parce que cette station est effectivement jumelée avec Davos.
Avec les étudiants nous avons fait des jeux, jonglage, toupie (Koma), calligraphié notre nom et fait un origami. J’ai apprécié cette façon de passer ensemble un réel moment d’échange malgré la barrière de la langue. Nos gestes et nos mimiques ont réussi à nous faire communiquer. Nous avons finalement partagé le repas de midi avec eux.
A peine le repas terminé, nous avons sauté dans le bus qui nous a ramené à Sanada juste à temps pour vivre le passage de la flamme olympique en route pour Nagano.
La suite de l’après-midi s’est déroulée dans la grande salle autour d’une vidéo présentant Sanada, de productions de danse et d’activités artisanales. Un atelier pour personnes mentalement handicapées avait pour mission de confectionner de nombreux « étendards » comportant des silhouettes de sportifs que les personnes décoraient de couleurs vives. Ces tissus serviront à décorer de nombreux lieux de la ville de Nagano tels que les différentes patinoires et la rue marchande. J’ai aimé voir nos athlètes collaborer à la confection de ces œuvres.
Avant de rentrer dans notre famille, Jacqueline et moi avons eu le privilège d’aller prendre notre douche au bain public, ce sont des sources d’eau chaude comme il y en a beaucoup dans la région. Un peu gênées de ne pas savoir comment faire, nous avons simplement suivi Haruka, la DAL qui loge avec nous. Douche, soins corporels, jacuzzi, bain d’eau très chaude et même bain à l’extérieur. Les femmes présentes nous ont dévisagées d’abord avec curiosité puis lorsque Haruka leur eut expliqué notre présence leurs gestes se sont fait amicaux et admiratifs. Jacqueline a beaucoup apprécié sa baignade.
Madame Sanae Sakagushi nous avait préparé un excellent repas : Une variété de sushi, servie dans un grand plat richement décoré. Une soupe aux épinards et champignons, un gratin de pommes de terre, brocolis, jambon et crevettes ont complété ce souper. Quelques pâtisseries et un excellent thé vert l’ont terminé. J’aurais aimé entendre Sanae parler de sa vie mais malgré la présence d’une traductrice, il était difficile d’aller au-delà des questions d’intendance…Est-ce par pudeur ou n’ai-je pas su poser les bonnes questions ??
Nous voilà déjà à la fin de notre séjour dans les familles. A nouveau un copieux déjeuner nous attend. Sanae toujours aussi discrète nous le sert mais sans jamais s’attabler avec nous malheureusement.
A 8h30 ce sont deux dames qui viennent nous chercher avec nos bagages. Séance de photos, échange de cadeaux, même Monsieur Sakagushi (que nous n’avons qu’aperçu le premier soir) vient poser avec nous.
A la salle de commune nous avons encore quelques discours, un échange de cadeaux, une séance de photos et…à boire et à manger…. Puis c’est la séparation et le départ en car pour Hakuba où se dérouleront les compétitions de ski de fond. Beaucoup d’émotion, quelques larmes…plein de drapeaux suisses s’agitent lorsque le car démarre. Après environ 30 minutes de route, Jacqueline me demande quand est-ce que nous verrons à nouveau « la dame »… Elle ne peut pas croire que cette étape de notre périple est déjà terminée. Comme je la comprends, tout cela est allé si vite…
Nous passerons une longue partie de la journée dans le car. Nous allons chercher les skieurs de fond d’Arménie dans une autre ville, nous arrêtons pour le lunch à Nagano, au stade où a eu lieu la cérémonie d’ouverture des JO 1998. Il fait beau, nous pique-niquons assis dans l’herbe puis reprenons la route en direction d’Hakuba. A mesure que nous nous enfonçons dans la vallée, le temps se couvre et c’est sous la neige que nous arrivons à destination.
Les maisons changent un peu, certaines sont en bois mais me donnent toujours l’impression de cubes posés les uns à côté et sur les autres, c’est drôle…
Nous traversons toute la station d’Hakuba pour rejoindre notre hôtel situé tout au fond de la vallée, bien caché dans la forêt. C’est un endroit charmant, calme, cela fait du bien après l’agitation de ces derniers jours.
Claudia (Coach tessinoise) et moi installons les athlètes dans leurs chambres pendant que Hannes (coach suisse allemand) et Aldo (responsable du ski de fond suisse) sont au coach meeting.
Déception, le repas du soir n’a rien de japonais, les chambres non plus d’ailleurs. Seule la salle de bain avec son « coin douche » et sa baignoire à bulles a quelque chose d’exotique.
Demain presque tous les athlètes sont engagés en qualification sur 3 kilomètres, il faudra se lever à cinq heures alors ce soir ils ne traînent guère après le repas. Nous nous retrouvons entre coach et avec notre DAL, Haruka, pour récolter les informations sur le fonctionnement de l’hôtel, des jeux et surtout des compétitions. Nous n’avons eu aucune possibilité de reconnaître la piste et je me demande vraiment comment nos athlètes vont réagir dans un environnement si neuf et des conditions si particulières. En eux j’ai confiance, mais je doute toujours de ce que j’ai su faire, de la préparation que j’ai pu leur apporter… Et puis, saurais-je trouver les bonnes paroles pour les mettre en condition ??
Toutes ces questions me trottent par la tête au moment de me coucher…
La journée commence tôt : 5h30 lever, 6h déjeuner puis à 7h départ en bus pour Snow Harp (stade de ski de fond). Ce matin se disputent les qualifications sur 3 km. Nous souhaitons arriver assez tôt pour pouvoir faire une petite reconnaissance de la piste.
Pendant que nous préparons les athlètes, Aldo fait un tour de reconnaissance. Ce qu’il nous annonce de la trace ne va pas calmer nos angoisses… Dès la sortie du stade, une forte montée attend nos skieurs. Il faudra adopter la montée en canard car la neige est glissante ce matin. Ensuite la piste s’adoucit en traversant la forêt, mais sitôt après, ça se corse : un grand virage en descente dans lequel il s’agit soit de partir à gauche pour le deuxième tour, soit de s’élancer sur la droite dans les 100 derniers mètres sur le stade d’arrivée.
Je n’ai qu’une consigne à donner à mes athlètes : « Vous êtes en train de vivre votre rêve… Faites vous plaisir et montrer tout ce que vous savez faire ! »
Les quatre coachs suisses se répartissent au départ, à l’arrivée et le long de la piste et c’est par radio que nous nous tenons au courant de la progression de chaque skieur suisse engagé. Nous sommes autorisés à aller à pieds le long de la piste et à suivre et encourager les skieurs sur une distance de 30 m. Une collaboration extraordinaire s’établira entre nous 4 et les athlètes.
Eh bien ! Quelle magnifique course ils ont faite !… Je suis fière d’eux, ils se sont battus avec les difficultés comme dans leurs meilleurs jours et je suis sidérée de voir que leurs temps de qualification correspondent à peu de chose près aux temps qu’ils avaient établis lors des Jeux Nationaux de la Lenk, sur une piste totalement plate. « Chapeau bas ! Messieurs Dame ! »
Photos cérémonie d'ouverture
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Cette première course effectuée, nous avons juste le temps de passer à l’hôtel pour nous préparer pour la cérémonie d’ouverture. A 14h30, les bus nous prennent à la porte et nous emmènent au M-Wave à Nagano où se déroulera la cérémonie.
Nous nous sommes préparés à de longues heures d’attente dans le froid car c’est généralement ainsi que se passent ces événements réunissant des milliers de personnes venant de différents sites de compétition. Eh bien, rien de tout cela. L’organisation minutée et mûrement réfléchie des déplacements nous laisse babas d’admiration. Tous les bus convergent vers le stade où ils se parquent à différents endroits suivant leur provenance. Nous recevons une collation, une étiquette indiquant le lieu où nous logeons ainsi que le numéro de notre bus et attendons, installés bien au chaud que les délégations défilent dans l’ordre alphabétique. Par les galeries extérieures, nous rejoindrons l’autre moitié de la délégation et c’est tous ensemble que nous entrons dans le stade sous les applaudissements chaleureux de la foule.
Installés au centre de la patinoire (c’est l’anneau de patinage de vitesse), nous assistons à une cérémonie sobre mais variée, se déroulant tantôt au centre, tantôt tout autour de nous. Deux écrans géants nous permettent de tout suivre. Les discours sont brefs et bien dits, une jeune handicapée japonaise annonce la succession des séquences et l’ambiance tout autour de nous devient de plus en plus chaleureuse. Bien évidemment, les temps les plus forts sont le lever du drapeau, la prestation du serment et l’arrivée de la flamme. Le stade vibre à ces symboles et nous nous laissons entraîner dans cet énorme élan d’émotion.
C’est tout abasourdis que nous nous retrouvons dans les bus qui nous ramènent à l’hôtel. Le contact avec les skieurs alpins et les patineurs helvétiques aura été bref et nous savons que nous ne les reverrons pas de la semaine, tant les horaires de compétition sont chargés. C’est la réalité des jeux d’hiver et nous devons faire avec.
De retour « chez nous », le souper nous attend et très rapidement, les athlètes vont se coucher car le lever de demain matin est à nouveau fixé à 5h30. Nous nous retrouvons entre coach pour préparer le lendemain et échanger nos impressions de la journée. Ces moments sont précieux.
Quelques tentatives pour accéder à internet nous mènent au cœur de la nuit et nous voilà bien contents de nous coucher pour une courte nuit.
Il y a quelques petits yeux ce matin au déjeuner, mais le plaisir d’être ici prend vite le pas sur la fatigue et c’est dans la bonne humeur que nous nous retrouvons sur les pistes de Snow Harp. Aujourd’hui, tous les skieurs sont engagés en qualifications. Ceux du groupe A sur 1 km, ceux du groupe B sur 5 km et en plus pour les 4 de l’équipe de relais, sur 1 km également. Le parcours des 1 km emprunte en grande partie le même tracé que la boucle des 3 km d’hier. C’est donc sur une piste connue de la plupart d’entre eux qu’ils s’élancent. Je suis en poste le long de la piste, à cheval entre la montée et le virage final. Si les premiers passent ces difficultés avec beaucoup d’aisance, pour les plus faibles, cela représente un énorme combat et je suis parfois très émue par l’immense volonté nécessaire à vaincre les obstacles. Le virage en descente pose de sérieux problèmes à de nombreux skieurs et il n’est pas rare de voir un amas de personnes tombées en travers de la piste duquel dépassent skis et bâtons et que les bénévoles s’efforcent de démêler comme un écheveau de laine. Les filets posés sur le bord de la piste reçoivent de nombreuses visites également…
Mais c’est de cet endroit stratégique qu’il m’a été donné de voir la plus belle image de fair play : un skieur, engagé timidement dans la descente s’était arrêté, bloqué par l’appréhension. Arrive derrière lui dans la piste un autre skieur, plus confiant qui s’engage sans hésiter. Lorsqu’il voit le concurrent bloqué devant lui, il ne peut plus sortir de la piste et sans s’affoler engage ses skis au côté des siens, l’attrape par la taille et l’accompagne ainsi jusqu’au bas de la descente, comme l’aurait fait un moniteur expérimenté… Il ne s’est pas posé la question de gagner du temps ou de râler parce que la piste était encombrée, il a fait ce que commande le bon sens avec un certain courage ! Et moi, j’étais tellement émue, que je me suis empressée de partager cette histoire, grâce à nos radios, avec les coachs suisses…
La piste des 5 km emmène les skieurs sur l’autre versant de la vallée où une succession de montées et de descentes plutôt raides les mettent à rude épreuve sur 1,5 km, avant de rejoindre la piste connue des 1 km. Une deuxième boucle toute pareille les amène au plat final dans le stade. Si je sais Yanos capable de se débrouiller facilement dans les montées et plutôt bien dans les descentes, j’ai des craintes pour Patrick qui, malgré toute sa bonne volonté, ne maîtrise pas les fortes pentes…
Yanos est en forme, il file à toute allure et passe les montées en courant, sautant en canard d’un ski sur l’autre. Au fur et à mesure de son avance il gagne le surnom de kangourou mais cela malheureusement lui jouera des tours pour la suite de la compétition. Patrick est admirable de volonté, il glisse en arrière dans les montées, chute à chaque descente. Il a parfois la tentation de tout laisser tomber mais avec les encouragements de tous il va jusqu’au bout et en est fier. Tatiana, une des tessinoises, doute aussi d’elle-même. Claudia sa coach a déjà usé de stratégie pour lui faire prendre le départ, faute de quoi elle n’aurait pas pu participer aux autres courses à venir. A plusieurs reprises, le long du parcours elle lui prodiguera par radio des encouragements et ira puiser dans ses ressources les mots nécessaires à l’emmener jusqu’au bout du parcours.
Rude journée pour nos athlètes ! De retour à l’hôtel, nous leur proposons de profiter des bains chauds aménagés dans les sources de l’hôtel. Un bassin pour les hommes et un pour les femmes, ouverts sur l’extérieur mais protégés des regards indiscrets puisque nous nous y baignons nus. Nous tentons au mieux de respecter les rituels préalables au bain lui-même puis profitons agréablement de cette détente. Une eau à plus de 40°, un bassin ouvert sur un magnifique paysage de neige et une brise glaciale qui nous caresse le visage rendent tout cela féerique. Maria-Rosa ne supporte pas longtemps la chaleur et doit sortir, à la limite du malaise. Jacqueline se fait un immense plaisir, quant à Anita, il faudra presque la tirer hors de l’eau tant elle s’y sent bien.
Yanos est très excité depuis 2 jours. Je prends un moment pour le remettre face au sport et à la compétition de demain.
C’est le jour des premières finales : 3 km. Les quatre d’ALOHA sont engagés. Ils m’ont tellement épatés lors des qualifications que je ne peux que les encourager à avoir le même engagement et la même volonté, sachant qu’il faudra qu’ils améliorent encore leurs temps s’ils veulent briguer les places d’honneur. Je suis au départ ce matin et cherche le petit mot d’encouragement qui mette chacun bien dans sa course.
Après deux séries de six à sept ouvreurs qui s’élancent sur la piste soit en style classique soit en skating, c’est le tour des athlètes Special Olympics. Yanos est parmi les premiers à prendre le départ. A ma grande surprise je le vois partir en dehors de la trace… Si cette attitude a du sens dans la montée que me décrit Aldo par radio, je m’inquiète lorsque j’apprends qu’il continue à courir sur ses skis sans les faire glisser et de plus hors de la trace. Je demande à mes collègues de tout tenter pour le remettre dans les rails. Il ne veut rien entendre et finira son parcours complètement explosé avec un temps nettement moins bon que lors des qualifications. Je ne comprends pas tout de suite ce qui s’est passé et le revois il y a quatre ans lorsqu’il se mettait ainsi à courir en levant les skis chaque fois que je lui demandais d’aller vite. Je repense aux heures d’efforts pour le convaincre de l’inefficacité de cette façon de faire ainsi que l’apprentissage difficile du pas alternatif et de la poussée des bâtons… Ce n’est que bien plus tard que je réaliserai qu’il a vu partir devant lui des skieurs pratiquant le skating et c’était sa façon de les imiter…D’autre part, le fait que l’on ait relevé son style kangourou et vu en lui quelqu’un de prometteur lui a fait prendre la grosse tête. Il termine 6ème de la catégorie M08
Jacqueline, Patrick et Curzio eux ont très bien skié. Ils avaient tant donné lors des qualifications qu’ils n’ont guère pu aller plus vite et à ce niveau de compétition, ce n’est pas suffisant pour finir sur le podium. Pour moi, ce n’est pas grave, je suis tout de même fière d’eux et de leur ski. Jacqueline obtient la 5ème place de la catégorie F10, Curzio, 5ème en M11 et Patrick, 4ème en M12
Nous assistons ensuite aux premières cérémonies protocolaires de remise des médailles. J’ai beau suivre les compétitions depuis de nombreuses années et avoir assisté à moult remises de médailles, je suis toujours submergée d’émotions au moment de voir les athlètes recevoir la récompense de leurs efforts. C’est donc un peu à l’écart de tout le monde, cachée derrière mon appareil de photo muni de son téléobjectif que je suivrai cette cérémonie. A mes côtés, Urs, un skieur suisse allemand qui n’a pas couru aujourd’hui essuie ses yeux et renifle avec discrétion.
Yanos expose ostensiblement sa fierté jusqu’à ce que je lui dise franchement ce que je pense de sa course lamentable d’aujourd’hui.
Jacqueline esquisse à peine un sourire et agite la main dans ma direction, Patrick essuie furtivement une larme et Curzio, les yeux au ciel, semble planer à 100'000 lieues d’ici…
Haruka et Hannes resteront sur place pour le meeting des coachs tandis que Claudia et moi avons prévu de nous arrêter en ville avec les athlètes pour voir la station que nous n’avons fait que traverser et acheter quelques cartes postales.
Nous n’avions pas compté avec le zèle du chauffeur de bus qui malgré nos explications dûment traduites par un des interprètes n’a jamais voulu nous laisser descendre du bus. Nous avions sur nos cartes d’accréditation une pastille rose indiquant notre hôtel et il n’était pas autorisé à nous déposer ailleurs sans autorisation de son supérieur !.. Il comprenait bien notre demande mais ne pouvait y accéder au risque de perdre sa place !.. Cela nous a donné une petite mesure du fossé entre nos modes de vie… Tant de discipline face à une petite initiative individuelle !
Dépités nous sommes donc rentrés à l’hôtel où nous avons coulé une fin d’après-midi tranquille.
Yanos se plaint, gémit qu’il a mal partout. Il en porte l’entière responsabilité et je crois qu’il commence à l’entendre. Je vais donc prendre soin de lui car demain il court la finale des 5 km et je souhaite qu’il soit en forme. Massage, relaxation, discussion, je mettrai tout en œuvre pour lui donner un maximum de chance.
Mardi 1er mars
Au programme d’aujourd’hui : finale des 5 km (Patrick et Yanos) et qualification des 500 m. Jacqueline et Curzio n’ont pas de course et ils seront supporters.
Il a à nouveau neigé cette nuit et comme chaque matin, le temps hésite un peu pour finalement se mettre au beau. Les températures sont négatives, ce qui est bon pour la neige. Bien que le thermomètre affiche souvent entre –6° et –8°, le froid n’est pas mordant sauf si le vent se lève, ce qui est plutôt rare.
Le parcours des 5 km se compose de 2 boucles de 2,5 km, ce qui suppose plusieurs passages dans le stade. Aujourd’hui de nombreuses classes sont là pour encourager les athlètes ce qui donne une ambiance très gaie.
Yanos est tendu, soucieux de bien faire. Je me garde bien de lui signaler qu’il a le meilleur temps des qualifications dans sa série et donc de bonnes chances de médaille. Ce qui m’importe c’est qu’il ne réitère pas sa bêtise de la veille.
Patrick sait que le parcours sera long et difficile pour lui. Il a déjà beaucoup donné et je souhaite simplement qu’il aille au bout avec la même volonté.
Je suis à nouveau postée entre montée et virage ce qui me permet de voir de loin une partie du début du parcours. Le niveau et le style de certains skieurs Special Olympics est époustouflant et c’est beau à voir, mais j’ai au moins autant d’admiration pour ceux qui luttent à chaque pas pour leur équilibre et pour lesquels un tel parcours et un véritable exploit en soi.
Yanos fait un premier tour juste mais lent. Lorsqu’il passe vers moi, il se plaint de douleurs. Je le rassure sur le fait que cette fois il skie juste et que je sais qu’il peut aller plus vite. Il faut tout donner, c’est ta dernière course individuelle ici. Depuis là, il va mettre le turbo et fera un excellent deuxième tour qui ne rattrapera toutefois pas le retard pris dans le premier. Il terminera à la 5ème place de la catégorie M5 en ayant fait, dans l’ensemble, une très belle course.
Patrick court avec courage et volonté mais c’est trop dur pour lui, il glisse dans les montées, tombe à chaque descente. Tout près de moi je le vois arriver au bas d’une descente sans être tombé. J’ai à peine le temps d’ouvrir la bouche pour le féliciter qu’il s’emmêle les pinceaux à l’attaque de la montée qui suit et tombe. Dommage !
Je mesure amèrement l’importance d’être bien renseigné avant d’inscrire ses athlètes. Si j’avais su la difficulté de la piste, jamais je n’aurais envisagé un pareil parcours pour lui. De plus il n’y a plus moyen de rien changer sur place. Pour lui la victoire est vraiment d’être allé jusqu’au bout et il mérite bien sa 5ème place.
Nous dînons dans la cantine qui nous est réservée, avec invariablement le même menu : soupe, spaghetti, sandwich et pomme ou banane… Puis nous irons encourager Silvia, la concurrente tessinoise qui a une course de qualification sur 500 m. Ensuite, tous ensemble nous nous rendrons au « village olympique » aménagé à Hakuba. Cette fois, nous avons l’autorisation de nous y arrêter, personne ne fera de difficultés.
Un « village olympique » dans le cadre des jeux de Special Olympics est un endroit de rencontre et de détente. On y trouve animation (danse), distractions (bricolages, jeux vidéo) mais aussi activités pour le bien-être. Aujourd’hui, un massage shindo (méthode japonaise ancestrale qui travaille sur les énergies et les méridiens) nous est proposé et c’est avec grand plaisir que les coachs se laissent « tripoter » pendant que les athlètes se divertissent. En plus, nous avons enfin pu acheter nos cartes postales…il était temps !
Ce soir notre réunion interne de coach sera agrémentée de quelques sushis achetés à la station. Quel plaisir de pouvoir enfin goûter quelques mets japonais.
Ce matin : finale des 7,5 km disputée par Urs et Patric Kessler, puis, en début d’après-midi, finale du 1 km pour, entre autres Jacqueline et Curzio.
Du poste que j’occupe ce matin, je peux découvrir la partie de la boucle des 2,5 km que je ne connaissais pas. C’est impressionnant de difficulté. Il s’agit non seulement de maîtriser les pentes mais également de savoir doser correctement ses efforts car la boucle se fait trois fois. Urs et Patric se suivent de près et font tous deux une très belle course, se classant respectivement 2ème et 3ème de leur catégorie.
Pour la course du 1 km, je me retrouve au point le plus éloigné dans la forêt, ce qui me donne un joli point de vue sur l’ensemble de la course.
C’est au tour de Jacqueline de s’élancer et dès le départ, je la sens bien sur ses skis. J’ai repéré quelques skieuses de son groupe qu’elle s’offre le luxe de dépasser dans la montée. Elle tient une forme olympique (c’est le cas de dire !) et passe devant moi très concentrée. Malheureusement, une skieuse italienne chute devant elle dans la trace et comme c’est dans une légère descente, Jacqueline ne réussit pas à l’éviter et chute à son tour. Elle restera longtemps prise derrière cette skieuse, n’osant pas la doubler, ce qui lui fait perdre beaucoup de temps. Malgré cela, elle a fait une course remarquable, améliorant elle aussi sensiblement son temps de qualification. Je consulte le tableau d’affichage : elle a le 2ème temps… Longtemps je crois à une médaille d’argent mais malheureusement deux temps de sa catégorie n’étaient pas affichés et ils sont meilleurs que le sien. Elle se contentera de la 4ème place (catégorie F9) pour la plus belle course que je lui ai vu faire depuis fort longtemps.
L’après-midi se passera à l’hôtel : bains chauds, cartes postales, visite du site internet de Special Olympics Suisse qui raconte au jour le jour les événements et résultats de la délégation. La fatigue se fait sentir, la plupart des skieurs ont terminé leurs courses et demain c’est congé, sauf pour Silvia qui dispute la finale du 500m.
Nous en profiterons pour passer une journée à Nagano.
Notre visite à Nagano City a trois buts : - aller voir les compétitions des patineurs artistiques – faire quelques achats souvenirs – visiter un peu la ville. Nous sommes donc partis dès le matin en bus, laissant Silvia et sa coach Claudia à l’épreuve du 500m. Nous avons tout de même tout prévu pour qu’elles puissent nous rejoindre dans l’après-midi, dès la compétition terminée.
Didier, notre chef de délégation qui a ses quartiers à Nagano vient nous chercher au terminus du bus et nous conduit en quelques enjambées à la patinoire où nous arrivons juste à temps pour admirer quelques exhibitions de patineurs dont trois helvètes. Je n’avais jamais vu de compétition de patinage artistique Special Olympics et je suis épatée de ce que je découvre. L’atmosphère de la patinoire est calme, les exécutions sont nettes, propres et souvent empreinte de la grâce propre aux personnes handicapées. Il n’y a pas besoin de grandes prouesses techniques pour que le spectacle soit beau et émouvant.
Dans l’enceinte de la patinoire, quelques stands nous proposent des articles de sport au logo des jeux Special Olympics de Nagano. Nous en profitons pour faire quelques achats souvenirs. Ensuite nous partageons le repas de midi avec les patineurs.
Le début de l’après-midi nous trouve dans la rue marchande richement décorée de tissus peints pour la circonstance dans des ateliers de personnes handicapées de la région, tels que ceux auxquels ont contribué nos athlètes durant leur séjour à Sanada. Musique, habits, sacs, thé, saké, tels sont les principaux souvenirs que les athlètes s’offriront pour eux-mêmes ou leurs proches. Il a fallu faire vite car nous avons rendez-vous au village olympique de Nagano d’où nous partirons pour la visite de la ville, principalement du temple Zenkòji, haut lieu de pèlerinage autour duquel s’est construite la ville de Nagano.
Les ruelles qui mènent au temple sont belles, bordées de maisons typiquement japonaises et d’échoppes où l’on trouve épices, cadeaux, souvenirs et offrandes à apporter au Bouddha. Un premier portique abrite les statues de deux divinités qui terrassent les ennemis du bouddhisme. La porte principale est entièrement recouverte de bâches, elle est en rénovation complète car rongée par l’acidité des fientes de pigeons…
Le complexe est vaste et difficile à saisir car je ne trouve personne à même de m’expliquer le sens des lieux. Je sais que nous avons passé près des statues des six Jizô, six bohisattva qui portent aide aux âmes dans les six mondes où elles évoluent. A leur pied les pèlerins déposent des offrandes. Près d’un très grand encensoir nous avons imité les visiteurs en faisant venir sur nous la fumée qui, au-delà du délicieux parfum d’encens qu’elle prodigue, apporte l’espoir de conserver la santé et de trouver le bonheur. Puis nous sommes entrés dans le temple lui-même, lieu de recueillement et de prière. Je pense que l’expérience la pus forte que la plupart d’entre nous garderons est celle qui nous a fait pénétrer dans un couloir totalement noir serpentant sous l’autel du Bouddha et le long duquel est accrochée la « Clef du paradis ». La croyance veut que le simple fait de toucher cette clef assure le salut de son âme. Au-delà de la recherche de la clef elle-même, c’est avant tout l’expérience de la noirceur totale qui a beaucoup troublé certains. J’ai volontairement enfreint la règle du silence pour garder un contact vocal avec ceux de mon groupe que je sentais se fragiliser au fur et à mesure de notre avance dans le labyrinthe.
Avant de quitter les lieux nous avons encore pu admirer le sonneur qui signalait la fermeture du temple. Curieusement, la cloche n’est pas actionnée par une corde mais en frappant horizontalement contre elle avec un gros pieu. Le son produit juste à nos côté pénètre au plus profond de notre être.
Notre dernier projet de la journée est de s’offrir un vrai repas japonais et grâce au flaire de l’une de nos DAL, ce fut une totale réussite. Elle nous dénicha un petit restaurant vraiment typique avec des tables basses autour desquelles nous nous sommes agenouillés. Pour les quelques personnes auxquelles les baguettes posaient problème, pas moyen de trouver une fourchette ou un couteau, il n’y en avait tout simplement pas dans cet établissement. Le menu, copieux, se composait de plusieurs plats : une soupe, des légumes cuits comme pour un bouilli apprêtés avec un excellent tofu, du riz, des poissons crus, du porc et du poulet grillés présentés sur un lit d’ananas et pour le dessert, des fraises. Nous n’avons de loin pas pu tout manger.
Quelle merveilleuse façon de clore cette splendide journée !
Nous voici de retour à Snow Harp pour la dernière journée de compétition : le relais 4 x 1 km. Une seule équipe suisse est en lice, composée de Maria-Rosa et Tatiana du Tessin et de Yanos et Patrick d’Aloha. Tous les fondeurs se sont déplacés pour les soutenir et les spectateurs, principalement des classes d’enfants, sont nombreux. Cela promet une belle ambiance et de nombreuses occasion d’échanges : pin’s, cartes, T-shirts, tout se négocie et la « langue des mains » va bon train…
Mais revenons au ski. Maria-Rosa s’élancera la première, puis Patrick, Tatiana et pour conclure Yanos. Bien sûr, ils n’ont jamais couru ensemble, mais tout au long de la semaine, les skieurs des trois régions linguistiques se sont peu à peu mélangés et toutes les émotions partagées les ont davantage rapprochés que n’importe quel discours. Quatrièmes de leur catégorie au temps de qualification, ils ont tout donné pour tenter de glaner une place, mais si par deux fois ils se sont approchés de leur concurrents directs, l’écart n’a cessé de se creuser et lorsque Yanos s’est élancé, il avait presque 500m. de retard sur le 3ème, il n’y avait aucun espoir de les rattraper. Cela aura été tout de même une riche expérience et notre seul regret est de ne pas avoir inscrit une deuxième équipe de relais.
Il nous restait encore une tâche à accomplir : permettre à Haruka, notre DAL qui a accompagné et encouragé tous les athlètes avec tant de force, qui a pris grand soin de nous transmettre avec rigueur toutes les informations utiles et s’est démenée pour que notre séjour soit le plus agréable possible, de découvrir la neige skis au pied… L’un lui a prêté sa veste, l’autre ses chaussures, un autre encore ses skis et ses bâtons et ainsi équipée, elle a fait accompagnée de l’équipe de relais et avec les encouragement de tous une petite boucle pour le plaisir. C’était touchant de voir chacun tenter de lui offrir en retour un peu du bonheur qu’elle nous a procuré tout au long de cette quinzaine.
Une brève cérémonie clôturera les compétitions dans le stade face à ce qui pour moi est un symbole très fort : l’emblème des Jeux Mondiaux Special Olympics 2005 figurant à tout jamais au côté de ceux des Jeux olympiques et paralympiques de 1998 sur la façade du bâtiment officiel de Snow Harp. L’organisation de ces joutes a été parfaite, dans un grand respect des athlètes « spéciaux » qui s’y sont mesurés. MERCI !
Nous rentrons à l’hôtel, organisons une petite agape pour fêter les nombreuses médailles et places d’honneur des membres de la délégation suisse et commençons les premiers préparatifs en vue du départ… Quelques tensions apparaissent chez certains athlètes dues certainement à la fatigue, à l’accumulation d’émotions et à l’approche de la fin de cette aventure que tous vivent comme exceptionnelle.
Le soir, une partie de l’équipe descendra encore au village olympique d’Hakuba où une fête d’adieu est organisée.
A 11h. tout doit être prêt pour notre grand départ…Les skis iront directement jusqu’en Suisse, nos gros bagages jusqu’à l’aéroport. Nous ne gardons avec nous que le nécessaire pour la journée et le voyage.
Quant à nous, notre première étape sera Nagano où nous assisterons à la cérémonie de clôture puis nous continuerons jusqu’à Narita où nous passerons une dernière nuit à l’hôtel avant le vol de retour.
Photos cérémonie de clôture
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Je suis à nouveau impressionnée de voir la précision avec laquelle tout est organisé et minuté. Sans précipitation ni attente interminable, nous nous rendons au M-Wave où nous retrouvons très émus la deuxième moitié de la délégation. Certes nous avons participé aux mêmes Jeux Mondiaux, mais notre vécu est sensiblement différent et riche à partager. Seul point commun : le bonheur et la satisfaction !
L’ambiance de la cérémonie de clôture est plus dégagée que lors de la cérémonie d’ouverture. Les discours de congratulations ne m’intéressent guère mais je suis fascinée par ce qui se passe entre les différentes délégations : échanges, troc, mélanges…c’est un véritable souk sur la patinoire !.. Yanos est fan du Brésil, il se mettrait à nu pour obtenir leur équipement.
La flamme olympique est transmise à la Chine où se dérouleront les prochains Jeux Mondiaux d’été à Shanghai en 2007. Quant aux Jeux d’hiver, ils reviendront en 2009 sur sol européen puisqu’ils auront lieu à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Quelques écharpes au logo des jeux de Shanghai circulent. J’essaie d’en obtenir une car je sais que l’équipe de basket d’Aloha Unifiée souhaite ardemment y participer. C’est Aldo qui l’obtiendra avant moi, j’espère tout de même que cela est de bon augure.
Vraiment j’aime l’atmosphère de cette fin de Jeux et je trouve difficile de quitter ce lieu, symbole si fort d’une quinzaine exceptionnelle. C’est très mélancoliques que nous rejoignons les bus qui nous mèneront à Narita, non sans nous avoir arrêté dans un fast food de restoroute pour le repas du soir. L’ambiance de ce trajet est un mélange de joie, de satisfaction, de tristesse et surtout de grande fatigue qui entraînera bon nombre d’entre nous dans un profond sommeil.
A l’hôtel les athlètes ne demandent pas leur reste et nous nous retrouvons entre coach pour un bilan à chaud de ces jeux et surtout une dernière soirée à partager.
Il est environ 10h heure locale (c’est-à-dire 2h du matin heure suisse) lorsque nous récupérons nos bagages à l’aéroport de Narita et allons les enregistrer. Les formalités remplies, il nous reste quelques heures à « tuer » avant de prendre l’avion. Tous nos DAL sont là, très émues de voir se terminer cette fabuleuse aventure et appréhendant grandement le moment des adieux définitifs. Bien sûr nous nous promettons de rester en contact et échangeons nos adresses, mais chacun est bien conscient de la distance qui nous sépare tant géographiquement que culturellement et un échange aussi profond que celui que nous venons de vivre est difficile à maintenir à long terme.
A tour de rôle nous emmenons nos athlètes dépenser leurs dernières pièces de monnaie dans les différentes échoppes de l’aéroport. Yanos, Patrick, Curzio et Jacqueline choisissent quelques soupes, sandwich de riz et douceurs à pouvoir faire goûter à leurs collègues de Pra.
Les adieux sont empreints de grosses émotions, nous avons le sentiment de devoir nous arracher à un monde extra-ordinaire, de nous extraire d’un conte de fée, comme lorsque le réveil sonne alors que l’on est en plein rêve féerique…
Le vol de retour m’a paru beaucoup plus long que l’aller. Il est vrai que le jour nous suit et qu’à aucun moment la luminosité ne décline pour nous inviter au sommeil. Et puis les athlètes sont fatigués, tant physiquement qu’émotionnellement et cela rend certains d’entre eux nerveux et irritables. Avec beaucoup de patience, des aménagements dans les places et surtout des mots pour faire sortir le trop plein d’émotion et tranquilliser, nous pourrons mener chacun au bout de ce voyage sans faux-pas.
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Un contre-temps à Frankfurt ralenti encore notre retour et c’est avec 2 bonnes heures de retard que nous arrivons finalement à Zürich où un « comité d’honneur » nous attend patiemment malgré l’heure tardive. C’est au son des toupins des Martigniérans que nous sommes accueillis et là… votre « chez-vous » vous saute à la face et toutes les émotions contenues éclatent en un flot de larmes bienfaisant… Malgré l’heure tardive, nous partageons un verre de l’amitié qui porte bien son nom. Certains groupes sont tout proches de chez eux, d’autres ont retenu un hôtel pour y passer la nuit. Merci à toi Bernard d’avoir accepter de venir nous chercher et de nous ramener au cœur de la nuit dans nos murs. |
Voilà, il est près de 3h du matin (cela fait donc plus de 24h que nous sommes en route !) et chacun a retrouvé son lit, riche d’une expérience que je souhaite inoubliable. Je sais que les prochains jours seront ardus pour certains car le retour à la réalité quotidienne n’est pas toujours facile lorsque l’on a été porté aux nues et « chouchouté » comme ils l’ont été durant ces quinze jours.
Je navigue entre tristesse et soulagement, juste consciente d’avoir vécu des Jeux vraiment Special Olympics…
Il m’a fallu bien quelques semaines pour rédiger ce compte-rendu de voyage et dès lors j’ai eu le loisir d’observer encore les effets après coup. Il m’est venu quelques réflexions sur la gestion du retour et de comment une telle expérience s’inscrit dans la vie des athlètes que j’ai accompagné.
Pour l’un qui a déjà vécu de nombreux voyages à l’étranger, il a, pour la première fois été cherché l’aide nécessaire à garder une trace écrite et illustrée de ce voyage. Il a donc utilisé les heures d’appui scolaire dont il bénéficie pour rédiger un texte à ce propos et choisi avec beaucoup de soin les photos qui l’illustreraient.
Un autre qui semblait toujours à 100'000 lieues de ce qui se passe autour de lui est indéniablement plus présent dans la vie du groupe. Il raconte, cause et prend position face à ses pairs.
Quant aux deux autres, plus fragiles dans leur psychisme, ils ont eu plus de peine, une fois passé l’euphorie du retour, à gérer le fait de redevenir anonymes. Pour l’un cela se traduit par une forte tendance dépressive, pour l’autre, au contraire par un penchant mégalomane. Je ne regrette pas pour autant qu’ils aient participé à ce voyage, je voulais juste souligner le fort impact d’un tel événement et l’importance d’accompagner les athlètes non seulement dans la préparation mais également dans l’intégration à posteriori de cet événement.
Je tiens encore à remercier tous ceux qui de près ou de loin ont rendu cet événement possible : mes collègues de la maison de Pra, les membres du club sportif ALOHA, les parents, les sponsors, Special Olympics et tout ceux que je ne citerai pas de peur d’en oublier.
J’aimerais surtout féliciter Jacqueline, Curzio, Patrick et Yanos pour leur engagement sportif et humain. Ils m’ont donné le goût et l’envie de vivre ce moment exceptionnel avec eux. J’en sors enrichie non seulement de la découverte d’un pays et d’une infime partie de sa culture mais aussi d’un tout petit peu plus de confiance en moi et en ce que je peux partager avec des êtres différents et « hors normes ». Cela fait des années que nous nous sommes engagés, éducateurs de la maison de Pra et responsables du club ALOHA pour permettre aux personnes handicapées que nous côtoyons de s’ouvrir au monde dans lequel ils sont nés et duquel ils sont trop souvent exclus faute de trouver les bons moyens pour s’y intégrer. Ils nous ont fait confiance, se sont laissés emmener et y ont construit une part de leur personne. A l’heure où beaucoup des portes qu’ils ont ouvertes se referment pour des questions d’économie ou de politique sociale, j’ai conscience d’avoir eu un immense privilège en bénéficiant de cette opportunité.
Je terminerai ce petit « journal des Jeux » par quelques réactions à chaud de nos athlètes.
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Curzio Le ski de fond, ça me plait, J’ai acheté un nouvel équipement qui me va bien. A Sanada, j’ai vu des gens habillés en couleur qui jouaient des percussions. On a fait des bricolages : des cygnes et des canards en papier. On est allé dans une école chanter des chants et on a écrit en japonais. Après on a dormi huit jours à l’hôtel Sierra Resort et on a fait des compétitions de ski de fond. Moi je n’ai pas trouvé les courses très difficiles. Je suis arrivé 5ème puis 1er et j’ai gagné la médaille d’or. Grâce au site internet, j’ai reçu des messages de mes sœurs et leur ai écrit. Après les compétitions on est allé au stade voir la cérémonie de clôture. Il y avait beaucoup de monde, j’ai offert des cartes de visite et des pin’s. Il y avait beaucoup de musiciens qui jouaient du tambour. C’était bien la cérémonie de clôture. Le grand voyage en avion s’est bien passé. |
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Jacqueline Le voyage en avion s’est bien passé. Nous avons reçu à manger, il y a eu quelques secousses. J’ai bien skié et suis sortie deux fois 4ème. J’ai eu beaucoup de plaisir sur la neige. Nous nous sommes échauffés avec le boogie woogie. D’avoir gagné un ruban, ça m’a fait chaud au cœur. |