Les photos d'Evelyne et de
Laurent
CAMP DE DELEGATION
17-20 mai 2007
OVRONNAZ
Il pleut, il fait froid, c’est un temps à « ne
pas mettre un basketteur dehors », à se calfeutrer au coin du feu ou
devant la télévision… Mais non, une grande aventure nous attend : la
rencontre de toute la délégation suisse aux Jeux Mondiaux Special Olympics à
Shanghai. Départ donc direction Ovronnaz. Pour certains la route, même sinueuse
et envahie de brouillard les mènera directement au Centre Sportif Cantonal Valaisan,
pour d’autres une halte à la gare de Riddes et le secours de Pierre transformé
en GPS vivant sera nécessaire !
Accueil, installation dans des chambres confortables
et très vite nous nous retrouvons autour d’une table pour une première séance
de l’équipe de basket : mise au point des règles de vie dans la maison,
vis-à-vis des membres de la délégation et au sein de l’équipe. Ce camp est
aussi destiné à vérifier où en est chacun dans sa préparation physique et
mentale face aux Jeux et les personnes jugées inaptes à vivre cet événement
sportif peuvent encore être retirées de
Et déjà vint l’heure du repas, suivi de la première
réunion de la délégation dans son ensemble. 90 personnes réparties de la façon
suivante : football – 12 athlètes+3 coaches – sélection vaudoise(Eben
Hézer Lausanne+Lavigny) / Basket-ball – 9 athlètes+2 coaches – de Bad Heustrich
(BE) / basket-ball unifié – 10 athlètes+2 coaches – Aloha Riviéra-Chablais(VD)
/ Tennis – 4 athlètes+2 coaches – sélection suisse / Equitation – 4 athlètes+2
coaches – sélection suisse / Cyclisme – 4 athlètes+2 coaches – EPSE La Combe
(GE) / Athlétisme – 6 athlètes+3coaches – club d’athlétisme de
Wohlen-Lenzburg(AG) / Boccia – 4 athlètes+2 coaches – sélection tessinoise /
Natation – 4 athlètes+ 2 coaches – Frisport (FR) / Judo – 4 athlètes+2 coaches
– Chaux-de-fonds (NE) et Uster (ZH) / Golf – 2 athlètes+2 coaches – sélection
tessinoise / Yolande Nick et Didier Bonvin - responsables de la délégation +
Laurent Bleuze – photographe.
C’est impressionnant d’être aussi nombreux a dit
Jérôme. Et pas facile de se rencontrer et faire connaissance. Pourtant c’est
bien l’un des buts principaux de ce camp. Il est important de se sentir partie
prenante de cette représentation et c’est maintenant que cela doit se faire car
en dehors du voyage et des jours d’acclimatation, nous n’aurons jamais
l’occasion d’être ensemble, chaque sport étant ensuite réparti aux 4 coins de
Shanghai en fonction des lieux de compétition.
La soirée va donc continuer sur ce thème et les
athlètes, répartis en plusieurs groupes mélangés, vont partir à la découverte
de certains des sports représentés par la Suisse à Shanghai. Autour de cette
expérience, les avis sont partagés :
Gabriel Feletar a beaucoup aimé essayer le tennis,
d’ailleurs à chaque pause il va taper la balle sur le court de tennis…
Sébastien respecte le choix de chacun, mais
lui… « la pétanque ou le tennis c’est pas mon truc. Moi je fais du
basket et c’est ça que j’aime ! »
Rui, lui, apprécie le changement et de pouvoir
s’essayer à des sports qu’il ne connaît pas, ça lui plaît.
Quant à Jérôme, c’est le relais en athlétisme qu’il a
préféré.
Tout au long de la journée nous avons pris des moments
individuellement avec chacun pour remplir
le questionnaire qu’ont établi deux jeunes filles qui font leur travail
de maturité sur l’équipe unifiée et sa préparation aux Jeux Mondiaux. J’ai
beaucoup aimé ces moments car les questions posées ont amené les joueurs à
parler de leurs émotions, de leurs sentiments et à nous livrer des réflexions
sur eux-mêmes fort utiles dans notre approche de l’équipe et notre souci d’en
faire une équipe qui puisse se parler et se dire dans le respect et en
favorisant ainsi sa cohésion.
La phrase que j’ai le plus entendue aujourd’hui
est : « C’est un rêve…jamais je n’aurais imaginé que je vivrai
cela… ! »
Une drôle de surprise attendait
Quant à Gabriel F. il exprime lui avec justesse son
besoin d’avoir un moment tranquille pour lui au réveil et qu’il lui est
difficile d’être directement en phase avec ses camarades de chambre et tout le
monde qui vit dans ce Centre. Ce matin il y est arrivé.
La journée est consacrée principalement au sport avec
2 points forts : la remise de l’équipement de délégation et une soirée aux
bains thermaux.
Nous les entraîneurs sommes contents d’avoir une fois
plus de temps devant nous pour travailler sur la décontraction musculaire, ce
qu’il n’est plus possible de faire lors des entraînements hebdomadaires.
L’effet de ce travail se fera sentir immédiatement dans l’entraînement
technique qui suit et surtout lors du match que nous avons organisé avec
l’équipe de Bad Heustrich également sélectionnée pour ces Jeux.
S’entraîner durant 2h30 à suivre c’est
intéressant : il y a les moments d’enthousiasme, les coups de fatigue, les
peurs et les émotions qui ressortent. Ça nous fait voir nos limites dira Rui.
Pour certains ça leur paraît trop, Sébastien, lui, même après 10h
d’entraînement est sûr de se sentir frais comme une rose et prêt à continuer,
ce que nous croyons volontiers vu le tonus qui est le sien.
A 11 h Yolande, notre chef de délégation, sort des
cartons les équipements qui seront les nôtres pour ce voyage. Chacun, coach et
athlète reçoit sac de sport, sac à dos, polo, T-shirts, training, short et
K-way, le tout dans une magnifique ligne noire et rouge . C’est vraiment du
beau matériel qui met chacun en valeur.
L’entraînement de l’après-midi est technique mais très
ludique : travail du dribble dans un carré de piquets de plus en plus
serrés, affinement du shoot sous forme de concours et approche du dunking avec minitramp et gros
tapis… Travail sérieux dans une ambiance détendue et franchement hilare par
moment. L’esprit de l’équipe se consolide, les problèmes du quotidien lâchent
peu à peu prise pour laisser la place au plaisir du jeu et de la camaraderie.
Nous terminerons cette journée en beauté dans les
bains d’Ovronnaz où chacun a apprécié le cadre, la chaleur et le sentiment de
détente que procure cette baignade.
Michaël soulignera combien il est bon de passer toute
une journée ensemble. C’est tellement différent des entraînements du soir où
chacun arrive de son boulot, avec ses soucis, s’entraîne puis repart de son
côté sans avoir eu le temps ni l’occasion de partager plus que le sport.
Aujourd’hui nous avons eu le temps de parler, de suer et de jouer ensemble.
D’autres aspects de chacun de nous se révèlent.
C’est , comme hier, la musique de Nirvana qui nous
tire de notre sommeil et nous propulse dans une nouvelle journée de sport. Nous
reprenons notre travail sur les fondamentaux du basket, d’abord par une bonne
séance de décontraction musculaire. Je suis épatée de la progression dans la
confiance que les joueurs acquièrent dans leur corps, ce qui nous permet à nous
entraîneurs d’approcher davantage leur corps, de les toucher. Ils laissent aller
totalement leur tête, leurs bras, leurs jambes dans les mains de l’autre, coach
ou coéquipier. Un gros travail d’intériorisation est également en cours autour
de la respiration et de la reconnaissance de son corps.
Plus techniquement, nous travaillons intensivement le
dribble, l’élévation et le tir au panier. Si dans les exercices ludiques et
individuels, l’engagement et l’état d’esprit mènent à de belles réussites, la
mise en situation dans le jeu d’équipe est moins concluante. Motivation et
investissement manquent. Un seul joueur mal disposé et agressif vis-à-vis de
ses coéquipiers réussit à pourrir toute l’ambiance à tel point qu’il finit par
s’exclure totalement de l’équipe… Il faudra toute la patience et la
détermination de Pierre pour le ramener à la réalité des besoins de l’équipe et
des attentes du coach. Toutefois c’est fragile et le travail à faire pour
rejoindre définitivement l’équipe qui partira à Shanghai est loin d’être
abouti. Il n’est pas question de prendre le risque d’emmener une personne qui
n’est pas totalement au service de l’équipe ou qui risque par son attitude et
son comportement de fragiliser les membres de la délégation.
Nous terminerons la matinée en transmettant à l’équipe
toutes les informations pratiques que nous avons reçues la veille lors de la
séance des coaches. Ces infos font l’objet d’une page particulière sur notre
site.
Le début de l’après-midi nous retrouve en salle de gym
pour affiner l’équilibre, la coordination et l’agilité sous forme de jeux. A
nouveau l’ambiance est gaie et détendue d’autant que chacun vient d’essayer son
maillot de l’équipe suisse. Ouahhh !! Ils sont beaux nos basketteurs dans
cette tenue et heureux de la porter !
Puis nous rencontrons le médecin conseil de Special
Olympics qui nous prodigue quelques conseils avisés quant à la préparation du
voyage, au décalage horaire et aux
précautions à prendre sur place pour éviter les désagréments d’une diarrhée ou
autre incommodation passagère. Ces informations figureront également sur la
page des informations pratiques.
Dès cette rencontre terminée, nous réintégrons la
salle de gym où un dernier match contre Bad Heustrich nous attend…
Malheureusement ce fut une vraie catastrophe…
L’équipe de Bad Heustrich montre une forte
détermination, elle est rapide à la contre-attaque, agressive dans son jeu, va
au contact et tout cela déstabilise complètement nos joueurs qui perdent
totalement pied nous avons beau leur dire et redire que nous allons rencontrer
des équipes de ce type en Chine et même certainement une majorité de nos match
seront comme cela, rien n’y fait. La tension monte dans l’équipe, certains
joueurs se démotivent, les engueulades fusent et cela frise le
massacre !.. Dommage de finir de si belles journées par une telle
performance. Même si la fatigue explique une partie de la non-réussite, rien ne
justifie d’en arriver à une telle tension et un si mauvais jeu, c’est un manque
total de respect à l’égard de l’équipe adverse qui, elle, a mis toute son
énergie et son savoir-faire dans la partie.
Avant le souper nous prenons un long moment pour
parler de ces quatre jours de camp, de nos impressions et notre ressenti. Cela
s’est donné sous la forme d’un dialogue
entre les impressions des joueurs et le feed back de l’entraîneur. Je
vais essayer d’en retranscrire les principaux éléments
Tony revient sur le match de l’après-midi expliquant
que lui n’est pas un joueur brusque, ce n’est pas son style, donc lorsqu’il est
confronté à cela, il a peur et s’écarte. Pierre lui fera remarquer que son
attitude ouvre la porte à encore plus de brusquerie car en s’écartant il
signale à l’autre joueur : Tu peux y aller…
Mais Tony sait pourtant agir autrement, il nous l’a
montré. C’est donc plus une question de choix dans sa tête qui déterminera
l’attitude qu’il va adopter. C’est donc bien sur ce plan là que Pierre s’engage
à travailler avec lui.
Tony est d’accord et il répète avec force que s’il
fait du basket, c’et parce qu’il aime jouer avec les copains.
Sébastien, lui, a du plaisir à travailler en équipe
dans les entraînements, Il a beaucoup aimé ces journées et les exercices
proposés : les dunks, les jeux de shoot au panier, le 5 contre 5, tout
cela lui apprend, entre autres à aller au rebond. Mais il s’est senti mauvais
dans le match, ce sur quoi Pierre le reprend car il a trop souvent tendance à
se dévaloriser et à douter.
Gabriel Feletar reconnaît ses difficultés à se motiver
de façon régulière, surtout lorsqu’il joue contre des équipes qu’il connaît. Et
pourtant c’est bien ce que nous avons à faire et c’est de même dans tous les
sports. Dans les championnats les clubs jouent toute la saison contre les mêmes
équipes et même souvent plusieurs saisons de suite. Il est important de
réaliser que chaque match est un nouveau match dans lequel trouver du plaisir.
Cela a à voir avec le respect de l’équipe adverse.
Pour Rui ça a été dur de s’entraîner durant deux
jours, il n’a pas l’habitude que ce soit aussi intense et se sent tout
cassé ! Mais il a beaucoup apprécié, ce fut un camp agréable où il s’est
bien défoulé. De plus c’est une bonne occasion de mieux connaître tout le
monde, surtout pour lui qui ne peut pas toujours participer totalement aux
entraînements ou aux matches à cause de son travail. Pierre lui reconnaît sa
formidable volonté de continuer malgré toutes les difficultés rencontrées et
estime que ce voyage est une récompense qu’il mérite largement pour son
engagement total chaque fois qu’il peut être avec nous.
Jérôme est très satisfait de son camp d’entraînement,
il pense avoir beaucoup appris. Effectivement, son attitude concentrée sur
lui-même, moins encline à s’occuper de tout ce qui se passe autour de lui, a
rendu un bon apprentissage possible. Jérôme est de plus en plus conscient de son comportement de « commère »
et dit combien c’est difficile de se corriger, que cela lui demande une
attention constante à ce qu’il fait mais il veut y arriver et y met toute son énergie.
Yanos est très enthousiaste, il a adoré les dunks.
C’est beau !!! La corde à sauter, ça oblige à monter, à sauter. L’ambiance
du groupe est très confortable, toutefois il regrette que parfois certains
partent à droite ou à gauche, lui il n’aime pas ça, il aime quand l’équipe est
toute ensemble. Il a facilement peur pour les copains, peur qu’ils se blessent.
Il n’y a pas grand chose à ajouter à cela, effectivement, Yanos est non
seulement un merveilleux joueur, mais également un copain fidèle et
attentionné.
Youri ne peut rien dire, il est bloqué. Il n’a pas
réussi à rejoindre l’équipe est s’en est exclu de lui-même. Toutefois les
copains lui diront combien ils souhaitent retrouver le Youri qu’ils
connaissent, un fabuleux joueur, un pote.
Yannick, d’après ce qu’il a vu ces 4 jours pense que
l’aventure sera dure, car « on n’a pas le moral d’équipe qu’il faut pour
affronter une compétition de ce niveau… »
Pourtant c’est vrai qu’il y a une bonne ambiance dans
l’équipe, que nous avons retrouvé certains joueurs que nous avions perdus,
mais… Pour lui, le match de cet après-midi a été perdu à cause de la fatigue,
et pourtant ce sera encore plus fatiguant en Chine, avec le voyage, le décalage
horaire, la nouveauté et le niveau des équipes contre lesquelles nous jouerons.
Michaël a aimé ce camp, il a pu retrouver des gens
qu’il aime beaucoup et en découvrir de nouveau comme les judokas de
Chaux-de-Fonds ou les basketteurs de Bad-Heustrich. Il a aimé vivre avec les
gars de l’équipe. « C’est sûr que nous avons des atomes crochus. Il est
clair que si ça ne va pas hors du jeux, dans le match ça n’ira jamais… »
« Lorsque je m’énerve, ce n’est pas contre l’un
ou l’autre d’entre vous, c’est parce que je sais ce que nous valons… et ça me
fait tellement mal quand nous ne montrons pas ce que nous sommes que je monte
les tours !.. »
Pierre souligne le fait que l’équipe est effectivement
faite de fragilités mais c’est certainement ça notre force. Il y a une harmonie
entre les partenaires et les personnes handicapées qui fait qu’aujourd’hui
elles acceptent leur handicap.
Yannick ajoute encore que personne n’a le monopole des
soucis, que tous en ont et que celui qui fait porter les siens par l’équipe ou
la fait payer pour ce qu’il vit n’est pas correct.
Nous nous interrogeons encore sur la notion de
délégation qu’est-ce que cela représente, avons nous le sentiment d’appartenir
à cette délégation suisse aux Jeux Mondiaux de Shanghai 2007? Tous s’accordent
sur le fait qu’ils n’ont pas totalement
le sentiment de faire partie d’un tout, qu’il n’y a pas de sentiment de
cohésion, que nous n’avions pas suffisamment de temps pour entrer en contact
avec l’entier de
Mais tout de même, Gabriel Feletar nous rappelle que
c’est une chance de faire partie de cette délégation. Il n’y a pas tout le
monde qui peut faire une chose pareille.
Et puis il y a l’immense fierté de porter le maillot
de l’équipe suisse. Ce qui fait dire à Rui : « Moi j’aimerai pouvoir
rentrer de Shanghai et dire la tête haute – Voilà ! J’ai joué en Chine
avec ce maillot !!! »
Au repas du soir, une surprise nous attend : nous
allons manger frite, ratatouille et rôti…avec des baguettes !.. Une bien
agréable façon d’introduire la personne avec la quelle nous allons passer la
soirée : un chinois établi à Genève qui a accepté de venir nous parler de
son pays d’origine et répondre à nos questions.
Ce monsieur nous a fait comprendre qu’il n’y a pas de
différence majeure dans la façon de se comporter ici ou à Shanghai : les
maîtres mots sont respect et courtoisie ! Le sourire peut exprimer le
plaisir, mais aussi l’incompréhension. Les chinois se touchent volontiers, donc
si un chinois prend un homme par l’épaule, n’y voyez rien d’autre qu’un signe
affectueux. Les chinois s’attendent à ce que nous exprimions nos souhaits et envies,
il n’y a aucune gêne à cela.
A Shanghai, inutile de chercher le ciel bleu… la
pollution l’empêche d’apparaître.
Il est sûr et certain que tout sera parfaitement bien
organisé et orchestré, les chinois sont très forts pour cela.
Cette causerie et quelques images de la ville ont
achevé de nous mettre l’eau à la bouche.
Voilà, le camp touche à sa fin. Après le traditionnel
buffet de petit déjeuner, il est temps de faire nos bagages et vider les
chambres. Tous habillés de nos training de délégation, il nous reste à faire
les photos de la délégation et des différents groupes sportifs. Ces photos
serviront à remercier nos sponsors mais également à nous faire rêver jusqu’au
moment du grand départ, le jeudi 27 septembre.
Merci au personnel du Centre sportif d’Ovronnaz pour
leur accueil confiant et chaleureux. Merci à Yolande, Didier et aux différents
intervenants de ces 4 jours de préparation.
Evelyne, 24 mai 2007